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Zazen - Pratique de l'Attention

za zen* : pratique de l’attention

1Première  monographie

SEPTEMBRE 2004

 

En za zen nous nous entraînons à voir la réalité exactement comme elle est, et nous appelons ce mode de perception spécial : « ATTENTION ».

Normalement nous ne regardons pas ce qui est réellement là, en face de nous. Nous voyons la vie à travers un écran de pensées et de concepts, et nous faisons l’erreur de prendre ces « objets du mental » pour la réalité.

Nous sommes tellement englués dans cet incessant flux de pensées que la réalité s’écoule sans que nous la percevions vraiment.

Nous passons le temps absorbés par nos activités, poursuivant les plaisirs et les satisfactions, fuyant la douleur et la désillusion. Nous dépensons toute notre énergie à essayer de nous sentir mieux, à essayer d’enterrer nos peurs et nos angoisses. Sans cesse nous recherchons la sécurité.

Pendant ce temps le monde de l’expérience réelle s’écoule … sans nous ! …

 

Le bouddhisme est vieux de plus de 2500 ans et tout système de pensée aussi ancien a eu le temps de développer grands nombres de doctrines et de rituels. Néanmoins, l’attitude fondamentale du bouddhisme est intensément pragmatique et fondée sur l’expérience personnelle. Bouddha lui-même enseignait à ces disciples : « Voyez par vous-mêmes » ou encore, « Ne placez aucune tête au-dessus de la vôtre » …

 

Une foi aveugle n’a donc rien à voir avec la discipline zen, il s’agit bien plus d’ajuster son mode de perception selon les instructions données par l’enseignant et de voir par soi-même.

 

D’un point de vue bouddhique, nous, êtres humains, vivons de manière  très particulière. Nous voyons les choses impermanentes comme si elles étaient permanentes, bien que tout soit en changement. Dans l’univers ne dit on pas que seul le changement est immuable ?

Pendant que vous lisez ces mots votre corps vieillit, mais vous n’y faites pas attention. Les molécules de cette feuille (et de votre corps) vibrent à un rythme effarant, et tout se modifie peu à peu. Vous n’y faites pas attention non plus.

Puis, un jour, vous regardez autour de vous. Votre corps est ridé et malade, vous avez mal … D’où vient cette souffrance ?

Elle vient de votre propre inattention. Vous avez omis de regardez la vie (votre vie) de près. Vous avez omis d’observer le mouvement constant du monde alors qu’il se produisait.

Vous avez édifié une impressionnante collection de constructions mentales : « moi », « les autres », « mes possessions », « mes désirs », etc …, et vous avez décrété qu’il s’agissait d’entités réelles et solides.

C’est une erreur, ce n’est jamais le cas.

 

Nous pouvons apprendre à percevoir notre vie comme un flux incessant, une chose d’une grande beauté telle un ballet ou une symphonie. Nous pouvons apprendre à vivre avec le flux de l’existence plutôt que d’aller perpétuellement « à contre-courant ».

 

Nous pouvons apprendre. C’est seulement une question de temps et d’entraînement.

 

D’une certaine façon, nos habitudes perceptives humaines sont stupides. Nous débranchons 99 % des stimulations sensorielles que nous recevons, et figeons le reste sous forme d’objets mentaux.

Ensuite, nous réagissons à ces objets mentaux de manière conditionnée, habituelle.

Un exemple :

Assis seul dans la tranquillité d’un soir paisible. Dans le lointain un chien aboie.

La perception en elle-même est indescriptiblement belle si vous vous donnez la peine de l’examiner :

 

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* ZA ZEN  :  za , s’asseoir et zen venant du mot ch’an (chine) qui vient lui même du mot indien dhyana : méditation, attention, contemplation.

 

 

 

De cette océan de silence s’élèvent des vagues de vibrations sonores. Vous commencez à entendre leur tissus vibratoires complexes et via le système nerveux elles se transforment en scintillantes stimulations électriques.

 

Le processus est en lui-même beau et profondément satisfaisant. Mais nous autres êtres humains, tendons à complètement l’ignorer.

A la place nous solidifions cette perception en un objet mental, lui appliquons une image mentale composée d’une série de réactions conceptuelles et émotionnelles.

« Voilà encore ce sale cabot. Il aboie toute les nuits. Il est vraiment insupportable. Peut être devrais-je appeler la police ? … Ou bien le chenil pour qu’ils envoient quelqu’un pour l’attraper. je vais leur téléphoner. Et puis non . Je vais écrire une lettre bien sentie à son maître. Ah ! C’est trop de travail. Non, je vais mettre des boules Quiès ! »

 

Il ne s’agit que d’habitudes prises dans les perceptions et les réponses mentales. Etant enfant, vous avez appris à réagir ainsi en copiant les habitudes de ceux qui vous entourent, mais ce qui a été appris peut être désappris …

Le premier pas est de vous rendre compte de ce que vous faites, au moment où vous le faites, de prendre du recul et d’observer tranquillement.

 

Dans la perspective bouddhiste, nous autres humains avons une vision à l’envers de la vie. Nous regardons ce qui est en vérité la cause de la souffrance et nous la voyons comme du bonheur. La cause de la souffrance est ce couple amour/haine. une perception surgit, cela peut être n’importe quoi, une jolie fille, un voyou avec un revolver, un camion fonçant sur nous. N’importe quoi.

Quel que soit « l’objet » , la seconde d’après nous réagissons au stimulus avec une émotion.

 

Prenez l’inquiétude d’une mère pour son enfant. Elle est très inquiète. C’est l’inquiétude elle-même qui est le problème. L’inquiétude est un processus. Il possède des étapes, des stades. Ce n’est pas seulement un état d’être mais un mécanisme.

Ce qu’il faut, c’est regarder au tout début pour voir les étapes initiales bien avant que la vague ne soit devenue trop haute, trop … déferlante .

 

Aussitôt qu’un phénomène surgit dans le mental, nous essayons de le saisir ou de le rejeter. Cela met en route la réaction de l’inquiétude.

 

Za zen nous apprend comment examiner notre propre processus de perception avec une redoutable précision. Nous apprenons à observer l’apparition de la pensée et de la perception avec un sentiment de détachement serein. Nous apprenons à voir nos propres réactions aux stimuli avec calme et clarté.

Nous commençons à nous voir réagir sans être pris dans les réactions elles-mêmes.

La nature obsessionnelle et obsédante de la pensée meurt lentement. Nous pouvons toujours rencontrer l’autre ou éviter le camion qui nous fonce dessus, mais il n’est pas nécessaire de vivre un enfer à leur sujet.

 

Za zen est un apprentissage qui nous ouvre profondément à cette nouvelle vision de la réalité telle qu’elle est vraiment. Cette ouverture s’accompagne d’une vue nouvelle et originale d’un aspect central de notre vie : « moi ».

 

En effet une analyse soigneuse nous révèle que nous fonctionnons de la même façon avec « moi » qu’avec nos perceptions. Nous avons pris un ensemble fluide de pensées, d’émotions et de sensations et l’avons solidifié dans une construction mentale affublée de l’étiquette « moi ».

 

 

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Ensuite nous l’avons traitée comme s’il s’agissait d’une entité statique et permanente, comme une chose séparée de toutes les autres. Nous l’a plaçons en dehors de ce processus de changement éternel qu’est l’univers.

Et nous nous désolons de nous sentir aussi seuls.

Nous ignorons notre connexion évidente avec tous les autres êtres et nous décidons qu’il faut que « j’en obtienne plus pour « moi ». Puis, nous nous étonnons de ce que les êtres humains soient aussi cupides et insensibles .

Et ainsi de suite …

Chaque mauvaise action, chaque exemple de manque de cœur provient de ce faux sens du « moi », perçu comme distinct de tout le reste .

 

Faites sauter l’illusion de ce seul concept et toute votre vie change !

 

Mais il ne faut pas s’attendre à y parvenir du jour au lendemain. Nous passons notre vie entière à construire et entretenir cela, à le renforcer avec chaque pensée, chaque mot et chaque action.

Il ne va pas s’évanouir instantanément, mais il s’atténuera si vous y consacrez suffisamment de temps et d’attention. Za zen est un procédé par lequel il est dissous. Peu à peu, naturellement, automatiquement, inconsciemment. Vous l’effritez, simplement en l’observant.

 

Le concept « je » est un processus. C’est quelque chose que nous faisons. Avec za zen nous apprenons à voir ce que nous faisons pendant que nous le faisons et comment nous nous y prenons.

Alors le « je » bouge et s’estompe, passant comme un nuage dans un ciel limpide.

Nous nous trouvons dans l’état d’esprit ou nous pouvons le faire jouer ou non, en fonction de ce qui paraît approprié à la situation.

L’obligation est partie. Nous avons le choix.

 

Naturellement il s’agit là d’intuitions profondes.

 

Le pratiquant qui poursuit za zen réalise une parfaite santé mentale, un pur amour pour tout ce qui vit et une complète cessation de la souffrance. Ce n’est pas une mince affaire.

Mais point n’est besoin d’attendre bien longtemps pour récolter quelques « bénéfices ». Plus vous passez d’heures en méditation, plus grande est votre capacité d’observer calmement chaque impulsion et intention, chaque pensée et émotion, jusqu’au moment ou elles se produisent dans le mental.

Votre progrès se mesure en nombre d’heures passées sur le zafu* !

Et vous pouvez vous arrêter à tout moment, si vous en avez assez. Aucun bâton ne vous menace. Sauf votre propre désir de voir la véritable qualité de la vie, de valoriser votre propre existence et celle des autres …

 

Za zen est expérimental, non théorique. Par la pratique régulière de la méditation nous devenons sensible à l’expérience véritable de la vie, nous percevons la réalité des choses et des êtres. Nous ne passons pas notre temps en vain à ergoter sur des pensées subtiles, esthétiques et métaphysiques. Nous vivons.

Za zen, plus que quoi que ce soit d’autre, consiste à apprendre à vivre.

 

Gasshô.

 

* zafu  : coussin noir utilisé pour la méditation zen

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