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Eveil du sentiment

 

L’objectif de la méditation ou de la pratique spirituelle n’est pas de devenir semblable à un autre, que cet « autre » soit Bouddha, Jésus ou un saint homme. Le but est de devenir pleinement, authentiquement « qui nous sommes ». Afin de comprendre les autres il nous faut nous comprendre nous-mêmes. Ceci n’est pas nouveau.

Qui (ou que) suis-je vraiment ? Un individu isolé, séparé des autres et du reste du monde ? Ce « je», si petit soit-il ne participe-t-il pas de quelque chose de plus grand, de plus vaste ?

Il est vrai que l’on se sent parfois bien seul, coupé du monde et si souvent incompris.

 

Nous vivons le plus souvent avec le sentiment qu’une barrière nous sépare des autres, isolant le « dedans » du « dehors », croire à la réalité d’une telle séparation déforme en permanence notre vision du monde. Cette barrière nous la nommons « ego », mais c’est un mot ambigu, difficile sujet à beaucoup, beaucoup d’incompréhension ...

 

Ce qui est certain c’est que notre mental, notre esprit petit et nos sens réduisent l’univers à une portion incongrue. Nous percevons ce que nous voulons percevoir, nous ignorons ce qui nous dérange et nous passons à côté du reste ! La science a prouvé par exemple le déni dont nous faisons preuve envers ce qui nous gêne.

La danse de l’univers se joue alors sans nous.

 

 Chaque fois qu’un évènement « différent » pénètre notre « bulle » nous le ressentons comme « étrange » ou « effrayant ». Tout ce qui est étranger nous dérange, nous fait peur … Mais cela peut aussi nous éveiller, nous réveiller.

Cet effort insensé, futile et absurde pour préserver notre cocon douillet et familier est ce qui nous permet de nous sentir indépendant et libre.

Faussement libre.

La pratique régulière de la méditation permet de découvrir que le cocon n’est pas une barrière absolue. En fait ce cocon n’a aucune réalité, ni solidité, ce n’est qu’une projection de notre corps-esprit. Utile, car il nous permet d’évoluer dans le monde des phénomènes, mais stérile s’il nous isole. Voir combien nos interprétations tissent le cocon est le premier stade de la découverte de l’éveil du « sentiment ».

 

 Avec ce dernier le cocon se dissout. Ce « sentiment » là n’est pas lié aux émotions, et si l’amour, la passion-amoureuse peut parfois s’en approcher, nous sommes encore loin, très loin, bien loin de son infinie subtilité.

Le mot « empathie », qui signifie « ressentir avec », serait peut-être plus juste au même titre que « compassion ». Sentiment de ne faire qu’un avec l’autre, avec les choses telles qu’elles sont, savant mélange d’affection, d’attention et d’intuition.

Très important, l’intuition.

Un septième sens ? (dans le bouddhisme le mental est considéré comme un sixième sens).

Quand le cocon commence à se dissoudre, ou du moins quand il commence à s’effriter, notre sentiment devient la réponse directe, sans fioritures, à l’énergie du monde tel qu’il est.

Ainsi nous pouvons entrer en résonance avec lui, danser avec lui.

Ce qui dissout le cocon est la simple expérience qui consiste à relier le corps et l’esprit grâce à l’attention portée sur la respiration.

C’est simple.

    Il suffit de re-connaître que notre corps et notre esprit ne font qu’un. Notre culture, notre éducation morale ou religieuse a profondément établi la séparation de l’esprit et du corps. L’esprit est jugé « supérieur », rationnel, capable de raisonner, d’apprendre – sa contrepartie irrationnel, du domaine du rêve étant très peu valorisée, on ne la développe généralement pas – d’ailleurs, nous passons toute notre jeunesse assis sur des chaises, coupés de la vie, enfermés dans des pièces mal aérées, surchauffées à éduquer ce mental pensant … Négligeant complètement les ressentis et les besoins du corps.

Le corps nous le jugeons nécessaire mais il est très souvent embarrassant, il nous rapproche des animaux et il nous rappelle immanquablement la fuite du temps … On tâche de faire du sport, de le nourrir correctement, de le faire paraître plus jeune qu’il n’est, de le faire correspondre à un idéal de beauté, mais jusqu’à quand ?

Jusqu’à quand ?

 L’esprit, lui, nous le pensons immortel, inconcevable, immuable et si ce n’est pas dans cette vie ce sera dans la prochaine.

Nous pouvons passer des heures, des jours plongé dans nos pensées, nos préoccupations, nos aspirations, notre agitation et perdre la notion du corps.

Mais un jour où l’autre ce corps abandonné, délaissé se manifeste douloureusement, alors, nous tombons malade, et à ce « mal à dire » nous sommes obligé de porter attention … Perdant le « contact » avec l’esprit, et ainsi de suite …

En réalité corps et esprit sont un ; il n’y a donc rien à faire pour les réunir, sinon déchirer le voile qui les sépare encore.

L’esprit est dans chacune de nos cellules, le sentiment également.

 

 La division entre corps et esprit ne fait que refléter notre division du monde qui oppose vie et mort, matériel et spirituel, science et religion. Cette dichotomie est inscrite dans notre système nerveux, dans notre inconscient et elle transparaît dans nos relations au monde.

Notre pratique elle-même est conditionnée par ce dualisme. Notre pratique elle-même. Et sous le kimono de soie blanche de la discipline spirituelle, la blessure sera enveloppée, mais elle peut s’infecter, alors notre travail spirituel, au lieu de nous guérir peut finir de nous empoisonner !

Reconnaissant cela, nous ferons de la méditation un baume et non un poison. Ce qu’il nous faut rechercher, c’est l’expérience directe à travers un corps et un esprit unifiés.

Ainsi, la blessure cicatrisera d’elle-même.

D’ailleurs, nous utilisons le verbe « sentir » aussi bien pour l’esprit que pour le corps, preuve que nous comprenons déjà inconsciemment leur unité profonde. Ainsi, quand nous faisons l’expérience de cette « unité », nous sentons la chaleur, l’énergie du corps, jusqu’à sentir chaque pore de la peau …

Et si nous poursuivons, nous sentons, ce sentiment se déployer bien au-delà des limites de ce corps. C’est la perception du « cœur-esprit » qui permet de percevoir la qualité excessivement sensible des choses.

 

 

 Le sentiment procède de l’harmonie des choses, ainsi le bleu ne vibre pas comme le rouge et tel être est différent d’un autre. Le sentiment est la perception exacerbée par laquelle nous sentons physiquement, viscéralement nos affinités avec le monde. C’est lui qui nous permet de guérir et de guérir les autres par exemple, par résonance.

Quand quelqu’un entre ou quitte une pièce, la qualité de l’espace change et on peut également se souvenir à quel point dans notre enfance tout était beaucoup plus fortement ressenti, le monde était habité, vivant, parfois exagérément menaçant, parfois délicieusement rassurant …

Le temps lui aussi révèle des qualités inconnus, le petit matin est différent du milieu de la journée lui-même différent du crépuscule. Certains jours sont maussades, d’autres paisibles et d’autres encore enjoués.

 

Pour éveiller ce sentiment il y a deux choses à faire, d’abord ; pratiquer la méditation qui rassemble le corps et l’esprit dans l’instant présent et ensuite, se raconter de nouveaux contes, de nouvelles histoires, retrouver l’innocence de notre enfance et ré-enchanter le monde !

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