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Les femmes et le zen - part II

woman-meditation.jpegLa tradition orale et la lignée du zen sont transmises à travers les kusen* et les histoires maintes et maintes fois racontées pendant zazen par les godo et les maîtres. Ces histoires sont recueillies par les disciples et souvent publiées après la mort du maître. Ainsi les traditions vivantes se trouvent-elles imprégnées d’idées culturelles, indissociables des préjugés de temps et d’espace. Un de ces préjugés, et qui nous est présenté comme un fait historique, est l’idée que les femmes n’auraient pas été impliquées aux niveaux les plus élevés du bouddhisme et du développement du zen au Japon.

Les sources historiques nous montrent que ceci est faux ...

 

*kusen : enseignement oral donné durant zazen

butsu.jpgL’histoire du bouddhisme s’étend sur environ 2500 ans. L’histoire des nonnes couvre les mêmes 2500 années. Revenir au présent éternel exige que l’on se débarrasse de tout postulat culturel. Une évidence apparaît alors : les femmes ont joué un rôle vital et constant dans l’histoire du zen ; elles ont fait partie intégrante du bouddhisme en Inde, en Chine et au Japon, même quand la société est allée à contre-courant de cette tendance. Les femmes ont en fait enseigné aux hommes le respect pour les femmes et, comme nous le montrent les documents, elles leur ont ouvert la voie de la réalisation.

Le manque de sources historiques écrites relatant les vies des nonnes zen du passé indique l’ampleur de la perte concernant les informations sur notre lignée complète ; il ne saurait prouver que les femmes n’ont pas été des agents essentiels de la tradition monastique.

Une des raisons pour lesquelles les femmes ont complètement disparu des écrits du zen au Japon, c’est que les hommes ont décidé que le moine devait être appelé so et la nonne niso. So est en fait un terme général, sans genre, qui signifie « monastique ». Les hommes se sont donc autodésignés comme référents pour tous les monastiques, alors que le terme exact pour désigner le moine est nanso ; ce terme correspond en effet davantage au mot sanscrit bhikhu, qui désigne un moine mendiant de sexe masculin.

Certains traducteurs ont donc supposé que Dôgen et d’autres auteurs n’avaient pas grand chose à dire sur les femmes, vu qu’ils utilisaient uniquement le terme so. Ce n’est pas la vérité.

Si l’on remonte directement à l’époque de Bouddha en Inde, on trouve parmi ses principaux disciples de nombreuses femmes ; et en premier lieu sa belle-mère, celle qui a élevé Shakyamuni, Mahaprajapati, et son épouse, Yasodara. Lorsque Bodhidharma apporta en Chine les enseignements bouddhistes, il n’y eut que quatre disciples à recevoir le shiho de sa main, et sur ces quatre disciples, l’un fut une femme du nom de Soji ; c’était la fille de l’Empereur Bu. Nous tenons cela de Dôgen qui l’a mentionné dans le Shobogenzo. Le bouddhisme prend racine en Chine, s’étend ensuite à la Corée, puis de la Corée au Japon, quand le Roi Song (dans la première moitié du VIe siècle, presque 700 ans avant la naissance de Dôgen) fit envoyer à l’Empereur Kinmei des sutras et des sculptures bouddhistes.

femme-japon-drapeau.jpgLe premier bouddhiste ordonné au Japon fut une femme.

La première personne à avoir été ordonnée dans cette toute nouvelle religion du bouddhisme au Japon (en 584) fut une femme du nom de Shima, issue d’une famille puissante de la tribu Soga. Après elle, deux autres femmes, Toyome et Ishime, prirent les noms de Zenzo-ni et Ezen-ni. Il n’était pas possible au Japon de recevoir l’ordination complète car cela nécessitait la présence de dix moines et de dix nonnes.

Les Chroniques Gangoji relatent que ces trois femmes voyagèrent seules jusqu’à Paekche en Corée, où le bouddhisme était bien établi, et qu’elles y reçurent l’ordination complète en 587. À leur retour au Japon, elles vécurent ensemble à Yamoto dans une amadera, un temple bouddhiste pour femmes, dirigé par une femme du nom de Sakurai-ji. En 623, il y avait au Japon 569 nonnes et 816 moines, et en 674, à l’occasion d’une cérémonie, eut lieu un grand rassemblement de 2400 nonnes.

Cela se passait dans le Japon de l’époque pré-confucéenne, une ère où pouvoir spirituel et pouvoir gouvernemental n’étaient pas séparés et où les femmes exerçaient leur influence dans les deux domaines. On considérait que les femmes possédaient des pouvoirs chamaniques et durant les périodes Asuka (550-710) et Nara (710-784), il y eut au gouvernement huit impératrices. Celles-ci mirent toute leur énergie au service du développement du bouddhisme. Ainsi Zenshin-ni eut-elle pour modèles, de nombreux exemples de femmes engagées à la fois dans les affaires religieuses et politiques.

nun-tsunami-japan.jpgLe Sutra du lotus eut pour les femmes une valeur inestimable : l’histoire de la princesse Naga qui est devenue un bouddha fut interprétée comme une preuve que les femmes pouvaient accéder à l’éveil. Les temples des nonnes fondés par l’Impératrice Komyo en 740 étaient appelés « Temples du Lotus pour l’Absolution des Péchés » (Hokke Metsuzaishi-ji) et chaque temple abritait dix nonnes, chiffre qui est monté à vingt après 766. Ces temples recevaient une aide économique du gouvernement. L’Impératrice Komyo a également fondé des institutions caritatives chargées de dispenser une aide médicale et de soulager les plus démunis. Elle-même fut ordonnée au temple principal de Todai-ji en 749.

Shotoku Taishi, qui fut une figure maîtresse dans la formation du Japon, éprouva, à l’égard des femmes, de profonds sentiments. Sur les sept temples qu’il aurait fait construire, cinq furent réservés aux femmes (amadera) et le plus célèbre, Chugu-ji, existe toujours aujourd’hui à Nara.

À cette époque, les valeurs confucéennes avaient déjà pénétré à l’intérieur du pays depuis une centaine d’années et avec l’Édit de la Réforme de Taika, en 646, les femmes se virent progressivement privées des pouvoirs institutionnels. Selon des documents datant du IXe siècle, il est clair que les femmes ne sont pas restées passives face à une telle privation et une telle injustice ; et pourtant, à l’époque de Dôgen, les valeurs confucéennes dominaient encore la société japonaise.

« De quel droit les mâles seuls sont-ils nobles ? Le ciel vide est le ciel vide ; être une femelle est exactement la même chose. »

(Dôgen : Taisho, vol.82)

open_sky.jpgDôgen fut obligé de remonter à l’époque pré-confucéenne pour convaincre ses disciples que les femmes étaient capables d’instruire les hommes. Il utilisa des exemples inspirés de son séjour en Chine :

Myoshi-ni eut dix-sept moines pour disciples et c’est grâce à elle, qu’au cours du IXe siècle, ces moines obtinrent l’éveil.

Massan Ryonen-ni fut l’éducatrice du grand maître zen chinois Kankei Shikan Zenji.


Tout au long de sa vie, Dôgen lui-même fut sous l’influence de femmes monastiques. Un mois avant de mourir, il écrivit que Egi-ni était la « sœur de Dharma » de Ekan, Ejo et Esho. Bien qu’aucune femme ne reçut l’ordination de sa main, Egi-ni passa vingt ans à ses côtés. Dôgen lui témoigna le plus profond respect, de même qu’à plusieurs autres nonnes. Elle fut à son chevet lorsque, vers la fin de sa vie, il tomba malade et elle contribua de façon importante à prendre en main la génération suivante, menée par Ejo. Elle fut aussi la « tante de Dharma » de Gikai, qui suivit Ejo au temple de Eihei-ji.

Deux chapitres du Shobogenzo, Bendowa et Raihaitokuzui, affirment l’égalité des femmes et des hommes dans la pratique du zen. De plus, Dôgen a complètement réinterprété la lecture que nous pouvons avoir de cette phrase du Sutra du nirvana : « Toutes les existences sont la nature de bouddha. »

C’est une nonne, Ryonen-ni, qui l’aurait principalement influencé pour écrire, dans Bendowa , son enseignement le plus explicite au sujet des femmes. Dôgen n’eut de cesse de faire son éloge, disant qu’elle possédait une « rare aspiration à l’éveil » (bodaishin). Dans le Eihei Koroku, il écrit que Ryonen-ni était profondément dévouée à la Grande Voie des Bouddhas. On la compare parfois à Massan. Ryonen-ni en Chine ; c’est de la moëlle de ses os que la nonne aurait connu le zen.

Grâce à l’argent offert par une femme du nom de Shogaku Zenni, Dôgen put faire construire le dharma hall qui se trouve dans son premier temple à Kosho-ji ; et lors de son ordination, en 1225, Shogaku Zenni fit don à Dôgen du restant de sa fortune.Ce n’est là qu’un exemple du soutien que les femmes ont apporté à Dôgen et de l’influence qu’elles ont exercée sur lui.


Ekan Daishi était la mère de Keizan. Elle fut nonne et Abbesse de Joju-ji au moment des funérailles de Gikai en 1309 ; c’est d’elle que Keizan tint sa dévotion religieuse. Myoshi-ni, la nièce d’Ekan, fut nommée Abbesse de la première amadera de l’école soto, Hoo-ji, qui avait été construite par Keizan en l’honneur de sa mère. Le 23 mai 1325, en mémoire de celle-ci, Keizan fit vœu d’aider les femmes dans les trois mondes et dans les dix directions. Une trentaine de nonnes suivirent son enseignement ; l’introduction des nonnes dans la pratique soto, telle qu’elle fut établie par Dôgen et Keizan à travers l’influence de leurs mères, continua sous la période Muromachi, grâce à leurs successeurs.

Source : le nouveau livre de Paula Kane Robinson Arai sur les nonnes soto : Women Living Zen, publié par Oxford University Press. L’auteur, qui parle couramment le japonais, a écrit sa thèse sur ce sujet à l’Université d’Harvard et a vécu un an dans et près d’une communauté de nonnes soto à Nagoya, au Japon, en 1989.

Teishin (1798-1872)

nun.jpgTeishin est devenue nonne à l’âge de 23 ans. Elle en avait 29 lorsqu’elle rencontra Ryoken et qu’ils tombèrent amoureux. Lui était alors âgé de 70 ans. Teishin était poète ; tous deux composaient ensemble des poèmes et discutaient pendant des heures de littérature et de religion. Teishin ne publia jamais ses propres poèmes mais choisit plutôt d’en rassembler certains de Ryoken, après la mort de ce dernier en 1831.

Le recueil est intitulé Hasu no tsuyu ou Hachisu no tsuyu. Cet acte désintéressé permit à Ryoken d’être connu d’un large public, alors que Teishin, elle, resta relativement dans l’ombre.

La lune, j’en suis sûr,
Brille de sa vive clarté
Bien au-dessus des montagnes,
Mais les nuages sombres enveloppent les sommets de leur obscurité.
Ici avec toi
Je resterais
Des jours et des années sans nombre
Silencieux comme cette lune brillante
Qu’ensemble nous avons contemplée.

Poème d’amour


Comment Utpalavarna est devenu arhat

katana_warrior.jpgUtpalavarna, (Couleur du Lotus Bleu), fut, dans sa première vie, une prostituée qui avait l’habitude de porter des vêtements raffinés. Un jour, en guise de plaisanterie, elle revêtit le kesa. Ce geste désinvolte lui valut des mérites si grands que dans sa vie suivante, elle connut le Dharma du Bouddha et devint une bhikhuni. Dans sa troisième vie, elle rencontra le Bouddha Shakyamuni et devint un grand arhat, maniant aisément les six pouvoirs (dont celui de mettre fin à toute chose inutile) et les trois types de connaissances.

Il est écrit dans le Sutra de Jataka, qu’Utpalavarna encouragea les femmes nobles à abandonner leur vie de famille pour suivre la Voie du Bouddha, même si elles ne pouvaient pas respecter les préceptes.

Elle disait, se servant de sa propre expérience : « Si vous tombez en enfer, vous tombez. », montrant ainsi qu’il est toujours possible d’atteindre la vérité.

Cette histoire légendaire est relatée par Dôgen dans le Kesa Kudoku du Shobogenzo.
 

Jade Reidy - Juin 2001

Source : Site Bouddhisme au féminin

Les femmes et le zen - part I

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