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Le vent s'est levé

De par les « autres » ; exister soi-même.

Se sauver soi-même.

De l'oubli.

De l'invisibilité.

Prouver qu'on existe, qu'on a une utilité.

Comme si c'était nécessaire un alibi.

Revenir à l'enseignement du mentor ;

Intériorité d'abord !

Mauvais calcul, mauvaise trajectoire,

Vision déformée du territoire.

Pour exister,

Ne pas aller des autres vers soi,

En tout premier,

Aller de Soi-à-Soi.

Se re-co-naître, se rencontrer,

S'aimer !

Aimer mal-à-propos,

Ara emmitouflé de plumes chatoyantes

Pour ne pas laisser apparente,

Du fragile poulet, la peau.

Mais nulle parure

Ne peut soustraire la nature

D'un volatile et l'odeur de basse-cour.

Je n'ai plus de plumes.

Je vois ma peau, mes os, mes fluides. Ce corps,

Mais je ne m'aime pas encore.

Péché d'orgueil je présume,

Qui a pour nom « soif inaltérable »

Tendre vers le haut, crever le plafond, être capable,

Jusqu'à toucher l'espace et manquer d'air.

M'abandonner, quitte à me négliger.

Mais tenter.

Essayer, tendre vers ...

Et en gros, brûler d'une passion entière,

D'un désir génétique, d'une folie pure,

Vraiment très pure.

Feu sacré !

Ambition circonscrite aux frontières

De cette chair de poulet,

Qui ne touche pas encore les autres « moi »

Sauf toi - qui de guerre lasse - m'a entraînée là.

Une spirale orgueilleuse et enflammée tournoie

Autour de ma tête et m'élève. Prâna.

Je monte lentement, laissant de côté la colère.

A m'étreindre les viscères,

Pour en extraire l'élixir de ma psyché,

Me giflant parfois à la volée,

Je dompte cette réactivité flamboyante

Qui me fait pousser instantanément des dents

Tel un fauve tapi le « je » est bel et bien présent.

Incroyable ménagerie ;

Un peu de tigre, un peu d'oiseau, quelques écailles pour dans la fuite glisser,

Et pas mal de singeries.

Délirante chimère humaine tu restes un tendre poulet.

Avec tes plumes de ara qui ne t'appartiennent pas

Tu ne trompes que toi.

Mauvaise direction. On ne peut rien si on ne peut pour soi.

Logique, n'est-ce-pas ?

Que sais-tu de toi ?

Vraiment.

Loin.

En dedans.

Avec soin.

As-tu peur de ce que tu pourrais découvrir ?

De mourir ?

Regarde. Tu n'aimes pas ta surface, ton plumage,

C'est pour ça que je t'ai crevée comme un sac, avec rage.

Pour te fouiller, tel un violeur,

Et ce n'est pas une pose, une vue de l'esprit,

C'est une pénétration totale, sans douleur.

Une bousculade, un charivari.

J'ai plongé ma main en toi, et l'eau j'ai agitée

Mais la boue n'est pas remontée

Et la boue n'a pas gagné,

Et la boue s'est déposée.

On voit très bien le fond,

On voit très bien les galets.

C'est comme un ciel moiré

Dans lequel le nuage patiemment se fond,

Car que le vent s'est levé.

Le vent s'est levé !

 

Désirée Thomé (revisité)

Texte original -> ICI

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Lumière Silence Attention

Commentaires (1)

1. Désirée 20/03/2012

Ah tu lis dans mes pensées! L'absence du mot "soif" qui caractérise évidemment mon ressenti m'a gênée après relecture. Mais j'ai renoncé à ré-écrire ce qui avait été écrit d'un seul jet. Tu as fait plus que "revisiter" Eric, tu y a ajouté ton regard, ta douceur, ta maturité. Merci pour cette belle preuve d'empathie et d'amour (au sens large, humain bien sûr). :)

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