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Zen et Kendo - quatrième partie

Retour sur le fameux séminaire qui s'est tenu à ZINAL en Suisse en septembre 1975.

Maître DESHIMARU en compagnie du maître de KENDO YUNO (8ième dan) en termes vifs et imagés, parle de la relation entre ZEN et ARTS MARTIAUX.

sawaki-kodo-1.jpegComment diriger notre esprit ?

Cela relève du Zen, et non plus de la seule technique des Arts Martiaux. Les Arts Martiaux plus le Zen, c’est le Budo japonais. Comment éduquer notre esprit et apprendre à le diriger ? Kôdô Sawaki parla de “Kyu Shin Ryu”, le secret du yawara, transmis traditionnellement par cette école dans un document dont un chapitre traite de l’esprit tranquille.

Voici ce chapitre : 

La vraie technique du corps, le wasa de cette école de Yawara, doit être la substance de l’esprit. La substance est l’esprit. Il ne faut pas regarder le corps de l’adversaire, mais il faut diriger notre propre esprit. 

Il n’y a pas d’ennemi. 

L’esprit est sans forme, mais parfois il peut en avoir une : cela est identi­que en zazen ! 

Parfois on peut saisir notre esprit, mais parfois, c’est impossible. Quand l’activité de l’esprit remplit le cosmos, qui est l’espace compris entre le ciel et la terre, et quand nous savons saisir la chance qui se présente, alors nous pou­vons disposer de tous les événements changeants, éviter tous les accidents et attaquer les dix mille choses en une seule”. 

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Sans commentaire, c’est un peu difficile à comprendre ...

sourire-deshimaru-1.jpegEn fait, nous dit senseï DESHIMARU tout ceci provient du Zen et non des Arts Martiaux, ainsi seuls ceux qui ont pratiqué profondément un art martial peuvent le comprendre. A son époque, Kôdô Sawaki se servait aussi du “Shobogenzo” et du “Genjo Koan”.

Dans le “Genjo Koan”, il est dit ;

quietude.jpgQuand un homme s’éloigne en barque du rivage, il s’imagine que le rivage est en mouvement. Mais s’il abaisse son regard, tout près de son embarcation, il se rend compte que c’est elle qui se déplace”. En fait, si nous regardons attentivement, intimement, à l’intérieur de la barque, on peut comprendre que c’est la barque qui se déplace, et dépasser l’illusion des sens. Ainsi, quand les gens considèrent tous les phénomènes de toutes les existen­ces à travers leurs illusions et leurs erreurs, ils peuvent se tromper et penser que leur nature originelle est dépendante et immobile. Mais s’ils deviennent inti­mes avec leur véritable esprit, et s’ils reviennent à leur nature originelle, alors ils comprennent que tous les phénomènes, toutes tes existences sont en eux-mêmes, et qu’il en est de même pour tous les êtres.

Ce chapitre est court, mais très important. C’est l’essence du zen, du zazen. 

deshimaru_roshi.jpgLa nature originelle de l’existence ne peut être réellement saisie par nos sens, nos impressions. Quand nous la saisissons par nos sens, la matière objecti­ve n’est pas réelle, elle n’est pas vraie substance, mais elle est imagination. Quand nous pensons comprendre que la substance de notre esprit est telle, c’est une erreur.

Chacun est différent.

Les formes et les couleurs sont les mêmes, mais chacun les voit différemment à travers ses illusions, illusions de la mémoire, illusion physique, illusion du temps et de l’espace, illusion du domaine physio­logique. Quelquefois, le monde de l’expérience propre, de la conscience person­nelle, est abusé par te monde réel de la conscience en condition ordinaire. Dans ce cas, ce n’est pas une erreur, mais une illusion psychologique. Tous ces pro­blèmes de notre vie quotidienne trouveront une solution au bout de vingt ans, trente ans et, au moment d’entrer dans notre cercueil ils seront résolus.

Le temps est la meilleure solution aux problèmes d’argent ou d’amour. Quand vous en­trerez dans votre cercueil, personne ne vous aimera plus ; sauf peut-être d’un amour spirituel. Les problèmes difficiles sont différents pour chacun, et chacun a besoin d’un moyen différent pour résoudre ses problèmes. Il nous faut créer notre propre méthode. Si on imite, on se trompe.

Il faut créer par soi-même.

Vous et moi sommes différents. Si l’on ne peut trouver de solution à sa pro­pre vie, celle-ci aboutit à une impasse !

Ici et maintenant comment créer notre Vie ?

Un film se déroule, si on l’arrête, l’image devient fixe, immobile. Les Arts Martiaux et le Zen ont en commun la création et la concentration de l’éner­gie. En se concentrant “ici et maintenant” et en extériorisant la véritable éner­gie de notre corps, on peut observer et se recharger. Quand on ouvre la main, on peut tout obtenir. Si on ferme la main, on ne peut rien recevoir. Dans les Arts Martiaux, il faut pénétrer les éléments, les phénomènes et ne pas passer à côté. Les Arts Martiaux sont donc essentiellement virils, car l’homme pénètre la femme. A notre époque, tout le monde veut économiser son énergie et vit à moitié. On est toujours incomplet. Les gens vivent à moitié, tièdes comme l’eau du bain.

Comment Pénétrer la vie ? C’est zazen et kin hin. 

Ainsi, le secret du Yawara, c’est apprendre à diriger l’esprit, Ryu Gi. C’est la direction des techniques corporelles du “Kyu Shin Ryu”. L’esprit doit de­venir la substance. L’esprit est la substance, sans forme, mais parfois il y a une forme. Cependant l’activité de l’esprit emplit le cosmos. Quand l’activité de l’es­prit emplit le cosmos tout entier, il saisit les occasions, il a une chance d’évi­ter les accidents et peut attaquer dix mille choses en une seule. Cela signifie que pendant un combat, notre esprit ne doit être influencé par aucun des mouve­ments de l’adversaire, par aucune des actions de son corps et de son esprit. Notre esprit doit se diriger librement, ne pas avoir l’espoir d’attaquer l’adversaire, ni cesser d’y faire attention.

On doit être complètement attentif d’instant en instant. 

Voici une histoire :

Un jour, sur une route, un judoka et un ouvrier se battaient. Ils étaient très forts tous les deux. Le judoka réussit à se trouver sur le corps de son adversaire, et lui fit un étranglement. Les yeux du travail­leur se révulsaient. Mais il trouva sous sa main les testicules de son adversaire et il les serra très fortement. A ce moment, il y avait deux étranglements celui du cou et celui des testicules ; l’un en haut, l’autre en bas. Ils luttèrent mais le judoka ne put résister, et c’est l’ouvrier qui gagna.”

Celui-ci avait créé une technique de combat. Le judoka qui ne connaissait que la technique, n’a pas pu créer. 

Dans notre vie c’est la même chose. Certaines personnes ne pensent qu’à l’ar­gent, car il permet de tout satisfaire. Alors pour lui, certains perdent leur honneur. D’autres ne désirent que les honneurs, et ils perdent leur argent. Cer­tains ne se concentrent que sur l’amour, ils perdent leur argent et leur énergie. Notre bonheur n’existe pas que d’un seul côté. Nous devons créer.

Il n’est pas né­cessaire de croire au destin ni de suivre la destinée écrite dans les étoiles. 

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Le reflet de la lune dans la rivière est toujours en mouvement. Cependant la lune existe et ne se meut pas. Elle est fixe mais elle bouge”.

C’est un poème très court sur le secret du Zen et des Arts Martiaux, et un très grand koan.

 Le cou­rant de l’eau ne revient jamais en arrière. L’eau passe, passe... mais la lune ne bouge pas. Pendant un combat, l’esprit doit être comme la lune, mais le corps et le temps passent, passent, passent comme le courant. L’instant présent ne revient jamais. Pendant zazen, chacune de nos inspirations et de nos expirations sont uniques et ne reviennent jamais. Il est possible de rejeter sa respiration, mais celle de maintenant n’est pas celle d’avant. La respiration d’après n’est jamais comme celle d’avant, hier c’était hier, aujourd’hui c’est aujourd’hui. C’est dif­férent. Je dis toujours que nous devons nous concentrer “ici et maintenant”, créer “ici et maintenant”. Ainsi on devient “frais”, neuf. Le zazen d’hier n ‘était pas le même que celui d’aujourd’hui. Le zazen doit toujours être frais, “ici et main­tenant”. Vous ne devez pas vous reposer pendant zazen. Le faire à moitié n’est pas bon. il faut le faire à fond, s’y donner totalement. Nous ne devons pas avoir un reste d’énergie en réserve. Se concentrer signifie la sortie complète, la déchar­ge totale de l’énergie. 

Dans le monde moderne, les jeunes en particulier, vivent à moitié et sont à moitié morts. Ils ont une sexualité incomplète. Et pendant leur travail ou pendant zazen, ils pensent au sexe, et inversement ; il en est ainsi dans tous les actes de la vie. Si on décharge son énergie totalement on peut absorber de l’énergie fraîche qui coule comme le courant de l’eau. 

Pendant un combat, si on épargne un reste d’énergie, on ne peut pas gagner. C’est le secret des Arts Martiaux. Nous ne devons pas dépendre des wasa, de la technique. Il faut créer. Si un homme riche donne de l’argent à son fils, celui-ci n’apprendra pas à en gagner. Et, inversement, le fils d’un homme pauvre saura créer la méthode pour s’en procurer.

 Les Arts Martiaux ne sont pas du théâtre ni un spectacle.

 Ce n’est pas là le vrai Budo.

 Le secret des Arts Martiaux, disait toujours Kodo Sawaki, c’est qu’il n’y a ni victoire ni défaite.

                 On ne peut ni vain­cre ni être vaincu.

                  Le sport et les Arts Martiaux sont différents.

                  Dans le sport il y a le temps. Dans les Arts Martiaux il n’y a que l’instant.

Par exemple, dans le base-ball, le “batteur” attend la balle, il a le temps, l’action ne se produit pas dans l’instant. Il en est de même en tennis, rugby, football et tous les au­tres sports. Le temps s ‘écoule et permet de penser à quelque chose pendant un pe­tit moment, pendant qu’on attend!

                 Dans les Arts Martiaux, il n’y a pas de temps d’attente.

                  La victoire ou la non-victoire, la vie ou la non-vie se décident en un instant.

  Il faut vivre dans l’instant c’est  là que la vie et la mort se décident totalement. 

Se concentrer sur l’expiration.

Cela amène l’énergie vers le bas du corps, de la colonne vertébrale, produit une détente en redonnant de la force.

 Dans l’instant vivre ou mourir ! 

Il en est de même pendant zazen.

kenshi-k.jpegLe Budo japonais s’est développé en relation directe avec l’éthique, la philosophie et la 7samurai_1.jpgreligion, et sans aucun rapport avec le sport. Aussi tous les vieux textes sur les anciens Budo qui nous ont été transmis ne parlent que de la culture intellectuelle et mentale, et de la réflexion sur l’ego. Ils expliquent et enseignent la technique profonde de la voie. 

Comment faire pour la pratiquer ? 

DO, qui signifie la voie en japonais, n’est pas seulement une technique, un wasa. DO signifie s’arrêter de concourir, Kendo, Judo, Aïkido, Kyudo tout cela, c’est le BUDO.

Le Kanji BU, lorsqu’on l’analyse, signifie arrêter le sabre, arrê­ter le combat. 

 Le Zen, c’est BUTSUDO en Japonais, cela signifie la voie du Bouddha découvrir réellement sa vraie nature, sa nature originelle. Cela signifie aussi s’harmoniser avec tous les cieux et la terre et que l’esprit intérieur soit tout à fait libre.

 C’est abandonner son égoïsme

Dans le “Genjo Koan”, il est dit :

"Qu’est-ce que la voie du Bouddha ?

C’est étudier l’ego.

Qu’est-ce qu’étudier l’ego ?

C’est s’oublier soi-même."

A suivre ...

Zen et Kendo - première partie

Zen et Kendo - seconde partie

Zen et Kendo - troisième partie

Le Sabre est le Coeur,
Si le Coeur n'est pas droit,
Le Sabre ne l'est pas.
Si l'on veut apprendre le Sabre,
Il faut d'abord apprendre le Coeur.




zen bodhisattva Nihon bushi kendo

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