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On ira tous à l'hôpital

  "En méditant, j'ai pu accepter de mourir ..."                     

 

 

Bernard Giraudeau avait lancé sur le site La Maison du cancer  une initiative au thème original: «On ira tous à l’hôpital.» Un site où il parlait, témoignait, répondait, et échangeait.

 

Extrait interwiew :

 …

 Vous dites que vous vous y attendiez quand le cancer vous est tombé dessus …

 – Oui, je le savais, je m’y attendais. C’était justifié. A un moment, je ne pouvais plus continuer, je voyais bien que j’allais vers quelque chose qui me rapprochait de l’abîme. Cela tenait à mon existence qui avait de moins en moins de sens, une course effrénée qui me maintenait en permanence dans un état d’angoisse, celle qui peut accompagner notre métier d’acteur. J’allais où ? Un manque de sens, de profondeur, de recherche sur l’essentiel … Et donc, le cancer est arrivé et je n’étais pas trop étonné. Mais j’ai repris, après, ce métier, avec une espèce de folie furieuse, et il a fallu que je rechute pour que je me dise : allez, stop. Allons voir dans la vie quelque chose d’autre. A un moment, j’ai eu le sentiment que c’était la mauvaise voie de continuer à vivre normalement, que ce n’était pas tout à fait juste. En tout cas pour moi. Mon corps m’a dit stop. Mais cela n’a pas encore suffi. Après mon opération, je m’étais dit que j’allais tout faire pour changer ma qualité de vie, donner plus de temps aux gens que j’aime. Mais une fois encore, cela n’a pas tenu, j’ai très vite été à nouveau aspiré. Cinq ans plus tard, je recevais le choc d’une deuxième annonce avec des métastases au poumon. J’ai eu une troisième récidive, ils m’ont enlevé notamment des côtes, on m’a mis des plaques. Et là, il fallait que je prenne ma décision, plus faire ce métier, plus continuer à ce rythme … Alors oui, arrêter. Certes je peux lire des textes, je peux écrire. Mon regard sur les autres s’est aussi modifié, adouci.

 

 Ce cancer avait, pour vous, un sens, comme un signal ?

 – Il a toujours un sens. C’est mon avis. Pour un homme adulte, sur le deuxième versant de sa vie, un cancer peut être un message, un questionnement. C’est souvent ce qui se passe.

 

 Et la rechute a un sens ?

 – On fait l’erreur de croire que les choses sont miraculeuses. C’est en nous, ce cancer. S’il n’a pas été, je dirais … compris à la source, rien ne change vraiment. Car ce n’est pas qu’un problème de molécules, celles-ci vont nous faire guérir un temps, vous allez survivre, mais le reste ? C’est un décalage, un terrain défavorable. D’où cela vient-il ? Cela peut être plein de choses. C’est pour cela que je dis qu’il y a une nécessité pour le patient de se prendre en charge, de faire connaissance avec lui-même. Est-ce que l’on veut être aveuglé et rester sous la tutelle des médecins ? Ou est-ce que l’on veut travailler avec eux, avec son ressenti, ses peurs ?

 

 

 Qu’est-ce qui vous aide ?

 – La méditation, la relaxation, et puis mon entourage. Ma femme, mes enfants qui sont très aimants… Vous vous rendez compte qu’il vous reste dans la vie peu de choses, mais elles sont là, importantes. Un peu de bonheur, beaucoup d’amour. C’est tout bête. Et à part ça ? Il faut être heureux avec ce que l’on a. Il faut calmer le jeu, arrêter les colères, ce qui n’est pas simple. Regarder différemment, être plus aimant. Comprendre.

 

 Et accepter d’être malade ?

 – Oui, si vous ne l’acceptez pas, c’est emmerdant. Mais en même temps, c’est l’histoire de chacun, certains refusent et ont guéri.

 

 N’y a-t-il pas un risque de se dire, alors, que le cancer est un peu de la faute du patient ?

 – Non. Il faut voir que la vie menée durant toutes ces années n’a pas été le bon chemin. Ce n’est pas de sa faute, mais on peut commencer à comprendre que l’on est en partie responsable, de façon inconsciente, de ce qui s’est passé. Ce que l’on vit autour de nous est souvent effrayant. On peut avoir le sentiment que l’on est dans un train fou. Et si on ne fait rien, le premier arrêt, c’est l’hôpital. Et le second, c’est le cimetière.

 

 D’où ce projet que vous avez : «On ira tous à l’hôpital» ?

 - C’est une idée de La Maison du cancer qui a été conçue par deux filles, et à l’intérieur de ce projet, j’ai fait une sorte de forum. L’hôpital ? Certains iront tôt, d’autres plus tard. Si on a un environnement plus propice, on peut retarder. Regardez ce que l’on vit autour de nous, le bruit, la pollution, le téléphone qui est comme une laisse, nous n’avons plus le temps de penser à l’autre. On ne doit pas abandonner une certaine connaissance de nos rapports avec la nature pour des acquis technologiques. Sur-vivre dans quelles conditions de vie ?

 

 

 La souffrance ?

 – La souffrance ? On a beaucoup de moyens thérapeutiques, classiques ou pas, pour la contenir. Mais la souffrance, c’est usant, très. Au bout d’un moment, elle ne vous permet … de ne plus rien faire d’autre. Vous vivez en elle. La chose la plus pénible, c’est ça, c’est la fatigue. Parler, manger demande un effort colossal. Ne pas vomir, ne pas maigrir. La fatigue, vous ne pouvez rien faire. Il y a un moment où vous avez envie d’être allongé, au calme, et puis dire au revoir… Mais comment ? A qui ? Comment ?

 

 Qu’est-ce qui vous manque ?

 – Je suis privilégié, il ne me manque rien. J’ai beaucoup de chance, j’ai des gens qui m’aiment et je ne vis pas seul dans une chambre de bonne avec une chimio tous les jours. Il me manque simplement ma connaissance personnelle pour avancer sur un chemin qui serait plus épanouissant. Là, je suis sur un corps, je suis certain qu’il y a une force de l’esprit qui permettrait de retrouver un équilibre. Je n’ai pas de réponse, je dis simplement que je devine, je le sens, que cela me fait du bien de le faire, de méditer, d’aller vers ça, d’aller vers ce point d’équilibre. Ou simplement savoir qu’il y a un point d’équilibre, la note juste.

 

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