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Un jour une vie

Le monarque Ramaswami dirigeait sa province depuis peu. Apprenant la venue sur ses terres du Bienheureux et de son sangha, il envoya un émissaire afin de le faire venir à sa cour accompagné d'un de ses disciples dont la réputation de divinateur ne faisait que grandir dans tout le royaume.

- Parfait prêcheur du dharma, on dit de ton moine que son œil perce à merveille la trame du futur. Comme tu le sais je suis un jeune souverain et je m’interroge sur mon avenir.

Et s’adressant au disciple du Bouddha ; Que vois-tu moine ?

...

Le jeune novice leva les yeux vers le suzerain, son regard bleu gris était d’une douceur infinie et le roi en fût profondément troublé. Le moine hésita un temps qui parut une éternité à Ramaswami. Puis se tournant rapidement vers son maître semblant chercher un assentiment silencieux, il dit :

- Seigneur, ce que je vois est difficile à dire. Votre royaume connaîtra une prospérité nouvelle mais sera rapidement entaché par votre humeur … jusqu’à provoquer votre chute.

- Ma chute !?... Que veux tu dire ?

Le moine plongea davantage son regard dans celui, maintenant inquisiteur, de Ramaswami, puis d’une voix calme souffla ;

- Seigneur, je suis désolé … votre propre fils vous assassinera.

Ramaswami saisit son menton d’une main le lissant d’un geste nerveux, il ne lisait dans les yeux du novice que bonté et profonde tranquillité. Il connaissait la probité de ce devin nommé Gotama. Pouvait-il se tromper ?

- Tu me présentes là un bien funeste destin, ne puis-je m’en prémunir ? A quelle échéance vois tu ma mort ?

- Seigneur, c’est délicat car cela tient à votre caractère et à vos attachements, mais si vous pouviez vous libérer de ces derniers, en vivant simplement le jour, sans projection, sans anxiété alors peut-être que oui … Sinon vous serez tué dans huit ans.

- Bien ! S’exclama le roi. Puis reprenant ses esprits ; et pour toi-même, jeune disciple du Bouddha, que vois-tu ? Ta fin est-elle aussi tragique ?

- En effet, mon roi. Je mourai dans quelques années dévoré par un bête sauvage.

Ramaswami  et même le Bouddha furent stupéfaits par cette réponse. Par politesse le jeune souverain s’enquérit encore auprès du Vénérable de quelques conseils pour la gouvernance de son territoire et le bien être de son royaume, puis mis un terme à l’entrevue.

 

Quelques années plus tard, alors que la communauté du Bouddha faisait retraite dans le bosquet de Vasudeva, le Bienheureux demanda à Gotama :

- Je t’observe depuis quelques temps, tu sembles toujours bien disposé, heureux de chaque jour qui passe. J’ai bien vu que suite à l’entretien avec le roi Ramaswami, tu as entaillé ton bâton de chaque journée passée … Quel est ton état d’esprit maintenant, Gotama ?

- Maître aimé, comme vous nous l’avez enseigné ; un jour une vie!

Et si j’entaille mon bâton, ce n’est que pour être davantage attentif. Les yeux clairs du moine brillaient d’un éclat si particulier, que le Réalisé en fut profondément ému. Je suis profondément heureux, et ne projette rien vers le jour suivant, je goûte chaque souffle d’air et chaque instant passé en votre compagnie.

 

Dans le même temps, l’anecdote prophétique (un peu) oubliée, le roi Ramaswami était tout occupé à faire prospérer ses affaires tandis que grandissait, près de la reine, son unique fils.

Un jour, il demanda des nouvelles du Bouddha et de son sangha. On lui rapporta qu’au bout de cinq années fatidiques – comme il l’avait prédit - le bodhisattva Gotama avait donné, par extrême compassion, son corps en nourriture à une tigresse blessée incapable de nourrir ses petits.

On avait seulement retrouvé le bâton du pèlerin entaillé du nombre exact de jour …

Après un tel choc, le roi dont le ciel s’obscurcissait changea brutalement. Il ne dormait plus, mangeait peu, soupçonnait son entourage et commençait à voir son fils comme un terrible poison. Peu à peu tout le royaume s’abandonna à la noirceur des pensées du roi qui vivait là un véritable enfer.

Plus les années passèrent, plus l’enfant se fortifiait et plus le roi s’enfonçait, jusqu’au jour où n’y tenant plus il fit enfermer l’adolescent au plus profond d’une geôle crasseuse avec la ferme intention de l’y laisser moisir à jamais. Mais les rumeurs malfaisantes, les intrigues en tous genres, le roi Ramaswami particulièrement exécrable, faisaient que tout le monde en souffrait et le peuple dépérissait.

A l’instigation de la reine et de quelques généraux un complot fut ourdi, le prince libéré … et ce qui fut dit jadis …

Dans la bataille qui s’ensuivit le roi fut tué par son propre fils.

 

Un jour, une vie!

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