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Miyajima île des dieux (kami)

Avec quel regard d’envie

L’oiseau en cage

Suit des yeux un papillon !           

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Kobayashi Issa            

 

                                                                                                                       17 décembre 2010

A mesure que je découvrais cette terre je l’aimais merveilleusement et puisqu’on la nommait l’île des dieux (kami), j’étais fermement résolu – avant mon départ – à en rencontrer au moins l’un d’entre eux.

Par une matin ensoleillé, je gravissais les marches qui menaient au point haut juste derrière le sanctuaire. De là, je jetais un dernier regard ébloui sur la pagode aux cinq étages qui surplombait la mer intérieure de Seto et son fameux torii et m’engageais d’un pas décidé sur le sentier de montagne qui serpentait à sa gauche.

 

A travers les feuilles et les branchages, la lumière du jour s’insinuait en ondulations dorées et ; de même que les sons, les chants d’oiseaux, le murmure des cimes et les battements de mon cœur s’enlaçaient et se croisaient en délicats entrelacs de lumière douce, semblables à ceux des rayons dans les frondaisons ; de même les odeurs, les parfums des essences végétales, des feuilles, des eaux, des mousses, de la terre en putréfaction par endroit surgissaient, s’unissaient pour se séparer à nouveau, âpres et doux, sauvages et intimes, exaltants et reposants, ténus et lourds d’angoisse.

 

 

Tantôt, d’un ravin à sec en cette saison, un bruissement d’eau se faisait entendre, tantôt un daim, ici en parfaite liberté, venait me frôler appelant le contact de ma main, tantôt une grosse branche craquait dans l’ombre irisée du sous-bois, ou bien des feuilles s’affaissaient lourdement sur d’autres feuilles, ou bien encore, dans le lointain l’appel d’un animal …

 

Oubliant l’écoulement du temps, j’aperçus entre de hautes fougères - qui formaient à cet endroit là comme une forêt en miniature - une trace qui se perdait, sorte de piste étroite et menue. Une fois cette sente suivie prudemment, je découvris une petite cabane de fortune faite de fougères savamment tressées et à proximité de celle-ci, assis par terre, le corps droit, un homme immobile dont les mains reposaient entre ses jambes croisées.

Sous sa tête aux cheveux noirs et longs, cerclée d’un bandeau blanc, ses yeux tranquilles, sans regard, étaient baissés vers la terre, ouverts, mais tournés vers le dedans. Je compris qu’il s’agissait d’un ascète des montagnes, les fameux yamabushi, j’en avais entendu parler, ces hommes vénérables étaient, dit-on, les préférés des dieux. Celui-ci devant sa hutte si joliment construite et si bien cachée restait assis le dos droit, en silence, se livrant entièrement à sa méditation.

Autour de l’ermite semblant flotté, qui d’un regard absent paraissait cependant tout voir et tout savoir, planait une aura de sublime tranquillité, un cercle parfait et magique, une flamme de puissance concentrée et cependant bienveillante. La majesté et la dignité de sa posture, la lumière intérieure qu’irradiait son visage et la rigueur d’acier que revêtaient ses traits, dégageaient des vibrations, un rayonnement au milieu duquel il siégeait comme le reflet de la lune sur l’onde. Cet homme rayonnait une telle force spirituelle résultat de sa volonté silencieusement concentrée que me semblait-il, il eût suffit à ce sage d’un simple souhait, d’une pensée ou même d’un simple battement de cils pour vous tuer et vous rappeler à la vie.

Plus immobile qu’un arbre, dont les feuilles et les rameaux bougent du moins sous le vent, aussi immobile que l’effigie de pierre d’un jizo, l’ascète demeurait assis à sa place et, depuis le moment où je l’avais aperçu, je restais cloué au sol, immobile, attiré par la magie de ce tableau.

Rien du monde alentour, je le sentais bien, rien de ce que les yeux voient, que les oreilles entendent, rien de ce qui est beau ou laid, agréable ou effrayant, en fait rien du monde des humains, n’avait la moindre relation avec le méditant. La pluie ne lui vaudrait ni rhume ni dépit, le feu serait impuissant à le brûler, l’univers entier était devenu à ses yeux superficiel et sans importance. La notion confuse que ce monde n’était peut-être effectivement qu’un jeu, qu’une brise et un simple frémissement de vagues au-dessus de grands fonds insoupçonnés m’effleura l’esprit et provoquant en moi un léger vertige entre émerveillement et terreur.

Cet individu avait-il percé la surface des choses et plongé jusqu’au fond de ce qui est vraiment, jusqu’au mystère ? Avait-il déchiré le voile magique des sens, les jeux de la lumière et de l’ombre, des bruits, des couleurs, des sensations et demeurait-il solidement enraciné dans l’essentiel et le permanent ? Je ne pouvais comprendre … Mais, je sentais un frisson de respect et d ‘admiration pour ce bushi. Chose étrange cet anachorète protégé des kamis me rappela ma qualité de moine. Touché au cœur, baigné de cet amour pour lui, et nostalgique d’une expérience semblable à celle que semblait connaître, ce contemplateur, cette figure assise, je repris furtivement, sans bruit la sente au milieu des fougères.

Je n’ai pas su dire ensuite si c’étaient deux ou trois heures que j’avais passé près de cette cabane ou si c’était la journée, captivé par l’incompréhensible et inabordable calme de cette silhouette, par la force et le recueillement de son assise et la totale foi en sa pratique.

Quand ce sortilège eût prit fin, et que je me retrouvais à nouveau devant la pagode, je me retournais une dernière fois en direction de la montagne sacrée et lentement, consciemment, profondément,

je m’inclinais,

les mains jointes ...  

                                                                                                                                               

Miyajima 

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